Dix improvisations sur l’Évangile (printemps 2003)

Le 5 janvier 2014 , par Pierre Lenhardt

Les dix improvisations rassemblées dans ce petit recueil ont été recueillies au cours de rencontres que m’a proposées mon neveu François Nicolas. Le choix des passages évangéliques a été également improvisé et l’ordre des sujets traités n’obéit à aucune intention. Le style parlé, fidèlement reproduit dans la transcription de F. Nicolas, est le mien, comme le contenu de mes paroles. Le texte des improvisations est exactement celui qui m’est venu à l’esprit, sans préparation , sans arrangement. Il y avait sans doute une intention intérieure derrière chaque chose que j’ai dite et je vais essayer de la retrouver à partir de ce qui a été écrit. Je vais en même temps indiquer quelques présupposés de mon improvisation. Je remercie François d’ajouter quelques lignes à mon introduction. Je crois utile d’inclure dans ce recueil les remarques de François sur chaque improvisation. Ici encore il vaut mieux ne pas retoucher ce qui est venu spontanément à l’esprit. Le dialogue se poursuit. Il m’a déjà aidé à mieux comprendre ce que j’ai dit dans mon improvisation. Il nous aidera dans notre marche commune vers un but que nous essayons de découvrir ensemble.

Mon intention principale était de mieux éclairer quelques paroles de Jésus dans les évangiles synoptiques, à partir de la Tradition d’Israël, pharisienne et rabbinique. Il s’agissait pour moi de comprendre moi-même avant de vouloir faire comprendre. Ceci explique en partie la densité et la lourdeur de ce que j’ai dit. Je ne voulais pas que l’improvisation affaiblisse le contenu. J’ai d’abord pensé à ma responsabilité dans la transmission du message. C’est bien, mais pour faire une homélie, il faut aussi et en même temps penser à l’auditeur. C’est un art que je n’ai pas. Il faudrait de plus que la forme écrite soit au service du message oral. Mes improvisations sont sans doute orales mais leur oralité n’est ni travaillée, ni dominée pour que soit perçue l’unité du message, de son origine, de son médiateur, et de son destinataire. Il en résulte que mes improvisations ne sont pas des homélies. Elles ne sont pas davantage des ’ouvertures’ qui font brûler le coeur comme celle de Jésus aux disciples d’Emmaüs, mais bien plutôt des exposés structurés selon le Psaume (34, 15) : « Écarte-toi du mal et fais le bien ! » Pour faire une homélie, ce qui avait été envisagé, il fallait partir de l’Évangile et avant tout le dégager de mauvaises interprétations et traductions, de clichés pieux et hérétiques à la fois, selon lesquels on est certain d’avoir la vérité sur Jésus. On fait le mal, au lieu de l’écarter, en présentant un Jésus totalement nouveau par rapport au peuple juif de son temps. Or la nouveauté du Jésus de la foi chrétienne ne peut être annoncée et prêchée que sur un fond de continuité. Dans les évangiles synoptiques, bien mieux que dans les écrits pauliniens ou dans l’évangile de Jean, l’humanité juive de Jésus est présentée dans un contexte juif qui, malgré les intentions propres à chaque évangéliste, n’est pas dénaturé, même quand il est, surtout en Mathieu, caricaturé. Pour établir la continuité il fallait non seulement remonter aux sources juives mais y prendre pied de manière assez large, peut-être dépaysante, pour qu’elles renvoient à l’Évangile et l’éclairent. J’ai donc pratiqué un va-et-vient ‘Évangile - Tradition d’Israël - Évangile’ qui ne retourne pas assez clairement peut-être à l’Évangile, à la pointe qui transformerait l’exposé en homélie. Il faudrait faire plus et mieux, toujours à partir des évangiles synoptiques, pour valoriser non seulement les paroles de Jésus mais ses actes, ses manières d’agir. On ne peut en effet, à mon avis, se contenter d’ annoncer Jésus-Christ mort et ressuscité à partir d’une expérience paulinienne qui ne dit rien du Jésus d’avant la résurrection. Sans parler de Marcion ou d’auteurs modernes qui ne veulent parler que de Paul pour l’utiliser à leurs fins propres, je veux dire que le chrétien moyen, auquel je m’identifie, a besoin de connaître le sens de la vie de Jésus, depuis sa naissance jusqu’à sa mort, sans doute à la lumière de sa résurrection, mais sans que celle-ci volatilise l’enfance de Jésus, ses tentations, sa prédication, ses guérisons, sa souffrance, sa sueur de sang, sa déréliction et sa mort.

Il faudrait faire plus et mieux. L’amitié de mon neveu m’aide à croire que c’est possible. J’essaierai de prolonger ce premier essai.

Table des matières

  • I. Les pèlerins d’Emmaüs
  • II. La résurrection des morts
  • III. Le premier commandement
  • IV. « Aimez vos ennemis ! »
  • V. « Qui s’abaisse sera élevé »
  • VI. L’entrée à Jérusalem
  • VII. L’enfant prodigue
  • VIII. Le rapport à la tradition
  • IX. Amour et miséricorde…
  • X. La mort de Jésus

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